1)Un conditionnement dés l'enfance avec la socialisation sexuée

 

 

Nous avons observé dans la première partie que l’école avait un rôle important dans la reproduction des rôles féminins et masculins, et qu'ils aboutissaient à des inégalités entre hommes et femmes dans la vie d'adulte des individus.

 

La famille ; un des principaux agent de socialisation va clairement reproduire ces rôles prédéfinis, consciemment ou inconsciemment. Les parents traitent leurs enfants différemment selon qu’ils sont garçons ou filles. Dès  l’annonce du sexe de l’enfant à venir, sa chambre et ses vêtements prennent les couleurs conventionnelle et on lui achète des jouets correspondant à son sexe. Les parents projettent les activités qu’ils pourront réaliser avec l’enfant suivant son sexe et, souvent, l’un des deux sexes est souhaité plutôt que l’autre. Une étude montre que 24 heures après la naissance, les parents s’attendent déjà à ce que des comportements différents apparaissent chez leur nourrisson en fonction de son sexe. Plus tard, ils encourageront certaines activités en fonction du sexe , comme les poupées pour les filles et les petites voitures pour les garçons. Ce traitement différencié a des répercussions tout au long de la vie.

L'attitude qu'on qualifie " de fille " ou " de garçon " n'est pas d'origine naturelle, en effet, des nouveaux nés de sexe différent auront les mêmes reflexes, les mêmes cris etc... Là où la différenciation entre les deux se fait, est lors de l'interprétation  de ces comportements innés. Selon  le sexe de l'enfant, les adultes autour de lui ne donneront pas la même signification à des cris d'un nourrison, on attribura par exemple les pleurs d'un  garçon comme étant de l'énervement, et ceux d'une fille comme étant de la peur. Pierre Bourdieu parle de "Socialisation du biologique"; puisqu'on pense que les petites filles sont plus fragiles car, en général, elles sont plus petite, plus fines et moins musclés que les hommes, on arrive à un processus qui traduit ces différences physiques en différences sociales. Ainsi, on va penser qu'une fille pleure parce qu'elle a peur, parce qu'elle est fragile, tandis que si c'est un garçon, on va plutôt penser qu'il est énervé, que quelque chose ne va pas. De plus, les parents ont tendance à stimuler leur comportement social quand il s'agit d'une fille (ils reprennent les bruits de l'enfant, il parle beaucoup avec celui ci), tandis que c'est sur le plan moteur que les petits garçons vont être stimulés : on les manipule avec plus de vigueur, on les encourage à s'asseoir, à marcher.L'entourage conditionne inconsciemment l'enfant dans son rôle, défini par rapport à son sexe, dès sa naissance.

Ainsi, dans son livre, Marie Duru-Bellat explique que dés l'âge de 3 ans, lorsqu'on demande à des enfants de choisir parmi des jouets ou des activités, ils préfèrent tous des activités conformes à leur sexe. L'identité sexuelle n'est pas innée mais résulte d'un apprentissage qui se fait à travers divers outils tels que les jouets ou les vêtements.

L'apprentissage se fait  majoritairement par le jouet. Des jouets relevant de la sphère domestique et maternelle pour la petite fille ; jouets largement orientés vers les sciences, la mécanique, jeux guerriers pour les garçons. C'est ce à quoi nous nous sommes intéressées.

 

Grâce à cette vidéo, on peut voir que les enfants se posent beaucoup de questions autour des rôles masculins/féminins. Mais pour eux, l'homme supérieur à la femme qui entretient le foyer et la femme seule responsable des tâches ménagères est un schéma évident. Lorsqu'ils parlent de l'homme supérieur à la femme, ils  se demandent si c'est une loi ou si il s'agit juste d'un "accord", mais ils ne remettent en aucun cas en cause ce rapport de domination...

 

  1. Le jouet : un instrument d'apprentisage et d'intériorisation des rôles masculins/féminins

 La nature des jouets (mallette de bricolage, petites voitures/mallette de maquillage, poupées à coiffer...) suggère très tôt cette différence sexuelle. Les textes des catalogues de jouet reproduisent cet imaginaire sexué : une petite fille est « calme, douce et mignonne », un petit garçon est « actif, brutal et performant ».Les poupées sont reservées aux filles dés leur plus jeune âge. Lorsqu’on donne une poupée à une très petite fille, on ne se contente pas de la lui offrir simplement et de voir ce qu’elle va en faire, on lui montre aussi comment la tenir dans ses bras et comment la bercer, on ne fait pas ç un petit garçon du même âge une telle démonstration de la façon dont il faut s'occuper des enfants car bercer les enfants ne font pas partie de leur "patrimoine gestuel" comme le dit Elena Belotti dans son livre " Du côté des petites filles".  On voit donc des petites filles de 10 ou 11 mois qui ont déjà acquis le réflexe « poupée » et la bercent instantanemment. C’est alors que les adultes voient en cette attitude le « miracle biologique » qui, comme l’explique Elena Gianni Belotti, n’est que le resultat de leur instruction dés le plus jeune âge.  En effet les parents voient ceci comme une attitude inée, elle est donc bien une fille déstinée au même rôle que les autres : devenir une mère.

Sauf que ce comportement n’est en rien inné, mais le résultat d’un conditionnement précoce. Cela apparait, pour les adultes, comme un signe rassurant puisque c’est un signe de normalité. A l’inverse, Elena Belotti souligne le fait qu’un garçon du même âge ne se comportent pas de la même façon puisqu’ils tiennent la poupée toute droite, avec des gestes beaucoup moins appliqués. On voit donc clairement que l’attitude d’un enfant avec sa poupée ne se détermine pas par une conscience inée mais par une instruction particulière en fonction de son sexe. Ainsi, ce qui nous parait naturel est finalement le résultat d’un conditionnement. Plus tard, le petit garçon se verra dissuadé si ils touchent aux jouets de ce genre : poupée, dinettes.

Après l’âge de 6 ans, le garçon va commencer à renier ses activités tandis que la fille va commencer à reproduire réellement ces tâches. Ainsi, les tâches commencent à se répartir parce que la fille est hereuse d’imiter sa mère et de l’aider. Lors de courses entre une mère et un fils, Elena entendit un garçon qui demandait à sa mère du savon pour faire la lessive, le plus souvent dit, une tâche ménagaire que les femmes occupent. Ce petit garçon qui voulait ce savon n’a jamais pu l’avoir car sa mère lui a répété qu’il ne pouvait pas faire la lessive car c’est un garçon. Ce refus brusque va surement orienter ce petit  garçon vers des objets qu’il aura le droit d’avoir mais il risque de ne plus jamais vouloir s’occuper de la lessive car on lui aura répété tout au long de son enfance qu’il ne peut pas le faire, que ce n’est pas son rôle. Assimilés aussi tôt, il est bien difficile d'enlever de la tête ces rôles très différents, celui de l'homme et celui de la femme. Pour rester dans la norme, les parents vont interdire ,ou pousser leur enfant à faire une activité. Comme cette interdiction ou cette obligation à effectuer une certaine tâche va marquer l'enfant, il va automatiquement, et pour le restant de sa vie, se cantonner à ce qui lui a été  permis, et se tenir loin de ce qui "n'est pas pour lui".

Derrière le jouet il y a aussi la relation aux parents, aux adultes, à leurs attentes. On ne joue pas de la même façon avec le même jouet à l'école maternelle, en centre de loisirs ou à la maison. Nous nous sommes entretenus avec une femme et un homme, tout deux ayant entre 25 et 30 ans, sur le thème du jouet. Vous trouverez ces entretiens en annexes.De cette étude nous avons observé plusieurs choses.

- La gestion de l'espace lors du jeu n'est pas la même. Les filles jouent à l'intérieur, dans un espace privé et ne vont pas beaucoup jouer dehors. Elles préfèrent rester près de leur mère, ou de leurs soeurs.Elles ont besoin de cette protection qu'elles ressentent lorsqu'elles sont chez elle. A l'inverse, notre étude nous a révélé qu'il est impensable pour un garçon de rester plus d'une demi-heure à jouer chez lui. Le garçon a besoin de liberté, de l'extérieur. De plus, la priorité est, pour lui, de faire évoluer ces personnages à l'extérieur. Notons aussi que les jouets masculins tels que les voitures, les camions, les tracteurs, etc, sont déstinés à aller dehors et à être utilisés en extérieur. Le garçon est donc implicitement conditionné pour sortir du foyer, tandis que  la fille, qui joue avec des jouets reproduisant des objets existants au sein du foyer (dinette, fer à repasser, aspirateur, cuisinière) est implicitement amenée à rester à la maison puisqu'elle voit ces objets à l'intérieur de sa maison- Les compétences à acquérir ne sont pas les même. Le petit garçon est actif, tandis que la petite fille est passive. La petite fille va être associé à des critères esthétiques en coiffant, en habillant sa poupée et va reproduire les même comportement envers elle-même. Les filles vont développer des compétences verbales, puisque leur entourage les incite à parler, discute avec elles, leur conseille de parler à leurs poupées. La fille va devenir un être attentioné et le caractère social va être mis en avant. La fille doit être capable d'écouter, de parler, d'être douce, de conseiller...( c'est sûrement pourquoi, plus tard, on retrouve beaucoup de femmes dans les métiers du social).Au contraire, les garçons ne vont pas être inciter à l'échange verbale et à l'écoute. Eux vont être encouragés à sortir, à explorer, à chercher par eux même, mais aussi à manipuler avec des jeux de bricolage ou de mécanique par exemple. Ainsi ils vont acquérir des compétences spatiales, scentifiques et analytiques. Ils sont habitués à la difficulté et à se débrouiller pour trouver une solution.

- Les filles sont confrontées à beaucoup moins de difficultés que les garçons. On aide des filles, on leur facilite les choses, on leur vient en aide directement. Au contraire, on laisse le garçon se débrouiller. On veut qu'il analyse, qu'il cherche, qu'il se comporte en garçon pour trouver la solution. On valorise par exemple l'esprit de compétition chez les garçons, comme avec la pratique du sport, et des activités collectives, qui amène le garçon à vouloir se battre pour gagner. Par conséquent, le développement de l'enfant va être très différent en fonctions de son sexe. Il va se construire une personnalité bien particulière, mais chez beaucoup de garçons, nous allons retrouver les même compétences qu'ils reconnaissent être "nécessaires pour un homme", le même goût pour l'extérieur, le même esprit de compétition, le goût du risque... Les filles, elles,qui un goût developpé pour l'esthétique et sont attachées à leur foyer, qui évoquent, pour elles, la sécurité. Puisque l'enfant va reproduire, avec ses jouets, les attitudes présumées "normales" de ses parents, l'enfant entre dans un cycle qui l'enferme dans un rôle qu'il doit endossé.


Les jouets ont donc un impact considérable sur les enfants et leur personnalité va grandement être orientés par ceux ci. Il est donc dangereux de voir des jouets parfois très sexistes entrer dans leur vie, risquant de les enfermer dans un rôle prédéfini et ne leur laissant aucune autre option.

     2. Actions contre ces jouets sexistes et alternatives

Pour remédier à ces jouets sexistes, des campagnes sont menées afin d'avertir le public sur le danger de ceux ci.Il y aussi des collectifs, tels que  Le Collectif contre le Publisexisme, qui ont été crée pour lutter contre les stéréotypes sexistes véhiculés par la publicité (et donc, aussi, à travers les jouets).Ce collectif, avec la participation d'autres mouvements et d'autres collectifs tels que "Du côté des filles" ou "Mix-cité", a mis en ligne un magazine très stéréotypés, et ironique,  afin de faire réagir les individus. Nous avons choisi d'intégrer à notre travail des extraits de ce magazine.

 

 

 

Avec ces deux affiches, on voit clairement comment, par l'intermédiaire du jouet, l'enfant reproduit des situations en fonction de son sexe et comment cela aboutit, des années après, aux inégalités qui persistent aujourd'hui dans notre société. En jouant avec son téléscope [cf, seconde affiche], le petit garçon se sensibilise à la science, à la découverte, à la soif de savoir. Cela peut expliquer le fait que beaucoup de garçons choisissent aller en S,ils ont été habitués à vouloir découvrir, à chercher. Au contraire, la fille, avec sa coiffeuse, va être sensible à l'esthétique et va accorder moins de temps à la découverte, à la manipulation. Le magazine note que "Miss France est la seule election où une femme à de grandes chances d'être elue". Ici le magazine dénonce le côté esthétique trop mis en avant au détriment des capacités intellectuelles lors de la formation de la personnalité d'une fille, notamment par le biais du jouet.

C'est en reproduisant les situations quotidiennes où l'homme est supérieur à la femme par le biais du jouet (souvent sexiste, donc qui facilite la reproduction) que ces rapports et ces situations vont se reproduire. Avec cette reproduction des rôles, les inégalités vont persister. Alors existe-t-il des alternatives à ces jouets sexistes ?


Les collectifs proposent de privilégier les jeux coopératifs, afin que les enfants ne se construisent pas sur des valeurs sexistes et individualistes. De plus, ces jeux développent l'esprit d'équipe.

 

 

Une autre solution est de jouer autrement avec les même jouets, et même d'échanger les jouets entre filles et garçons.De nombreux jouets sont similaires dans leurs fonctions mais présentés de manière différente aux filles et aux garçons. D'autres deviennent stéréotypés de manière indirecte en étant réservés exclusivement à une catégorie (fille ou garçon).

Il ne faut pas non plus orienter les enfants sur leurs choix de jouets, et disposer de plusieurs types de jouets afin de laisser l'enfant s'épanouir dans différents domaines.

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