1) Quelle est la place des filles au sein du système scolaire ?

Depuis 1960, la scolarisation des filles s’est développée à un rythme considérable et leur ascension a été fulgurante.  Alors qu’avant, l’enseignement prodigué aux filles étaient confiés aux institutions religieuses, la scolarisation des filles dépasse très tôt, en moyenne nationale, celle des garçons. Les filles redoublent non seulement moins que les hommes (113 filles pour 100 garçons entrant en sixième n’avaient pas redoublé en 1980), mais on compte aussi, dés 1964, plus de bachelières que de bacheliers.

 

 

 

Entre 16 et 25 ans, en 2000, les filles sont plus scolarisées que les hommes, dans toutes les filières et à tous niveaux confondus, plus de 54% d’entre elles fréquentent un établissement scolaire contre 50% des hommes. Elles sont très présentes dans l’enseignement primaire, environ 70% mais aussi dans le secondaire, environ 50%. Les étudiantes augmentent de plus en plus, comme nous pouvons le voir dans le graphique ci-dessous :


 

C’est après l’entre-deux-guerres, en 1950, que l’on constatât une durée plus longue au niveau de la scolarité en primaire. Les catégories sociales jouent un rôle important dans cette inégalité scolaire. Les catégories de cadres supérieurs et moyennes sont rattrapées par les filles des autres classes, plus modestes. Pour cela on supprime l’examen d’entrée en sixième, en 1960, qui permet à certaines de continuer sans problèmes et de ne plus s’arrêter avant la classe de sixième. C’est à partir de ce moment que les inégalités ont commencé à se creuser, au détriment des garçons : 143 filles ont un parcours complet en 1973 pour 100 garçons. Les filles ont de meilleurs résultats et cela continue de progresser avec le temps : en 1995 il y a 116 filles arrivaient en quatrième sans redoubler pour 100 garçons.

 

 

 

C’est dans le milieu du XXe siècle que les grandes universités européennes admirent les premières femmes. Elles sont passées de 42,8% en 1960-1961 à 57,57% en 2009-2010.On pourrait donc croire que les inégalités entre filles et garçons ont cessé au sein du système scolaire, mais deux problèmes majeurs persistent : les filières sont sexuées et l’enseignement diffère selon le sexe de l’enfant ; tant au niveau de la notation qu’au niveau de la manière d’enseigner. Même les livres scolaires contribuent à cette reproduction des rôles, là où l'école a pourtant la mission de limiter ces inégalités.

 

 

Tout d'abord, alors que les femmes sont autant que les hommes d'un point de vue démographique, dans les livres, les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes, et quand le héros d'une histoire est unique, il y a 5 fois plus de chances pour que ce soit un homme [cf document ci-dessus].

Quelle que soit la matière dont le livre traite, la femme est souvent cantonnée à des tâches ménagères et son territoire est la maison familiale, tandis que l'homme est assimilés aux tâches telles que le bricolage, et son territoire ne se limite pas à celui de la maison.

De plus, à des mots similaires, en fonction de la personne auxquels ils s'appliquent, le sens va varier. Le document donne l'exemple du mot "bien", qui, pour la femme, fait référence à sa beauté tandis qu'il fait référence à l'honneur pour un homme. La femme est toujours représentée dans des domaines qui lui sont propres et c'est pourquoi la situation ne peut évoluer dans de tels cas.

Que ce soit dans les dictionnaires ou dans les manuels scolaires, les femmes ne sont jamais celles qui ont le pouvoir, elles sont mises en scène dans des situations où leur beauté est mis en avant au détriment de leurs capacités intellectuelles. Il est donc difficile pour les petites filles, ou adolescentes, qui se forgent alors une personnalité, de se détacher de ses modèles puisqu'ils sont encore une fois reproduits à l'école.

 

 

Cette interview avec Nicole Mosconi, professeur en science de l’éducation à Paris, met en évidence le fait que les enseignements interrogent plus des garçons que les filles : les filles sont encore une fois soumises à une inégalité face aux hommes. Son étude dans cette classe de 5e  montre clairement qu’en classe, les filles et les garçons ne sont pas sollicités pour les mêmes compétences.

En effet, même si les filles participent plus que les garçons dans la classe de 5e où a été faite l’étude, là où les garçons sont sollicités pour la découverte et la production de nouveaux savoirs, les filles sont sollicitées pour rappeler le cour, les savoirs déjà acquis ou simplement pour écrire les réponses (données par le garçon) au tableau. Une des étudiantes de Nicole Mosconi qualifie alors les filles de « porte-craie », les qualités intellectuelles des filles ne sont pas mises en valeur afin de valoriser celles des hommes.

Les professeurs sont soumis à des phénomènes inconscients et vont implicitement  favoriser la participation des garçons au détriment de celle des filles, qui sont alors réduites à être des « porte-craies ». Les filles et les garçons ne sont pas traités de la même façon dans la salle de classe, le professeur n’a implicitement pas les même attentes envers une fille et un garçon. Même si le professeur en est conscient, Nicole Mosconi explique qu’il est difficile de se défaire de ces phénomènes qui se mettent en place inconsciemment. Ainsi, par les contacts professeurs/élève, la socialisation sexuée va commencer à se mettre en place. Les attentes des professeurs concernant la réussite en mathématiques sont fortement influencées par le sexe des élèves. Le maître est marqué par les stéréotypes qui engendrent des attentes différentes selon le sexe. Ces a priori constituent pour les filles un handicap.

La notation varie, elle aussi, selon le sexe de l’élève, comme le montre le document suivant, tiré du Monde de l’Education (2003) :

 

 

La thèse de Mireille Desplats confirme les attentes différentes selon le sexe de l’élève.

Elle explique qu’une mauvaise copie de physique sera notée sévèrement si l’auteur de celle-ci est un garçon, tandis que le professeur sera indulgent s’il s’agit d’une fille : les professeurs attendent donc beaucoup plus d’un garçon dans les matières scientifiques, alors qu’ils n’attendent pas beaucoup d’une fille et ne la note pas sévèrement si elle échoue. Ainsi, à niveau similaire, les dossiers d’orientation ont beaucoup plus de probabilité de conduire à une 1ere scientifique s’il s’agit d’un garçon. Les filières sont donc encore très sexuées aujourd’hui, car les méthodes des enseignements amènent implicitement le garçon à beaucoup travailler dans les matières scientifiques, ce qui n’est pas le cas pour les filles. On retrouve ces inégalités dans les études supérieures.

 

 

Ce graphique révèle un fort paradoxe : même si les résultats des filles en mathématiques sont clairement meilleurs que ceux des garçons (10% ont obtenu de bons résultats contre 8% des garçons, 2% des filles ont eu de très bons résultats contre 1% des garçons, 17% des garçons ont eu une note très faible contre 15% des filles), très peu de filles souhaitent obtenir un bac S comparé aux garçons.Ce graphique montre qu’à niveau égal (les élèves très bons), seules 32% des filles souhaitent obtenir un bac S contre 72% des garçons.

Il y a donc deux fois plus de garçons qui souhaitent aller en S que de filles. Pourtant, les filles ne se révèlent pas plus mauvaises, même meilleures que les garçons. On comprend donc que le choix d’orientation ne dépend pas uniquement des notes, mais surtout de la tendance et des modèles qu’il est bon de respecter.

Le choix d’orientation dépend plus des idées acquises au cours de la socialisation que des notes en elles-mêmes : les filles étant moins conditionnées pour obtenir un bac S (même si elles ont de bons résultats, ce qui peut s’expliquer par le fait que les professeurs sont indulgents en matière de notation dans les matières scientifiques quand il s’agit d’une fille), et les parents n’attendant pas spécialement que leurs filles suivent une formation scientifique (à l’inverse des garçons, pour qui la filière S est la filière d’excellence, et le « chemin à suivre »), elles sont donc plus libres dans le choix de la filière dans laquelle elles veulent s’orienter , et prennent en considération les autres filières telles que la filière L, et la filière ES où elles sont très présentes.

Les lettres aux filles et les sciences aux garçons, ce principe reste vrai car ce sont dès le lycée que les filles sont minoritaires dans la filière scientifique pour se concentrer dans le littéraire.

Les filières sont donc fortement sexuées dés l’enseignement secondaire, comme le montre ce tableau:

 

 Doc 5.

 

On observe que les filles sont très présentes dans la filière littéraire, avec 83% de filles, ainsi  que dans la filière ES  avec 65% des filles. La filière S est, quant à elle, moins choisies par les filles avec seulement 45% d’entre elles et donc, une majorité de garçons.

Les filières plus techniques, comme la filière STI (Sciences et Technique de l’Ingénieur) comptent 93% de garçons et donc très peu de filles. En revanche, les filières telle que la filière SMS (sciences médico-sociales) compte une majorité écrasante de filles avec 96% de filles et seulement 4% de garçons. Ces mécanismes qui sont engendrés dès le niveau secondaire,ont des conséquences dans l’enseignement supérieur comme le montre le tableau suivant :

 

 

Les filles représentent 58 % des étudiants à l’université dont 70 % d’entre elles sont en lettres ou sciences humaines, et seulement 30 % dans les filières scientifiques.On trouve presque 74% de filles dans les cycles universitaires concernant les langues, et seulement 34% dans ceux concernant les sciences et structure de la matière.

Aujourd'hui,entre garçons et filles, il existe des différences de niveau d'instruction, à l'avantage des filles. Ainsi, l'"espérance de scolarisation" est de 18,7 ans pour les garçons et de 19,1 ans pour les filles. Ces scolarités plus longues se traduisent par un accès plus fréquent des filles au baccalauréat, et plus largement à une qualification quelconque.

Mais interessons nous à ce que le diplôme permettra de faire dans la vie. On note une concentration des filles dans certaines filières, dans les séries L (littéraire) et STT (tertiaire)  du bac [cf. Doc 5], dans quelques sections tertiaires de BEP. Par contre, l'accès des filles aux filières d'élite reste limité : on ne compte que 22,3% de filles dans les écoles d'ingénieurs et 10 à 15% dans celles les plus prestigieuses (Ecole Polytechnique par exemple)

Ces scolarités différentes s'expliquent par de petites inégalités de réussite et de grands écarts d'orientation, même si on observe une meilleure réussite des filles dans les premiers niveaux d'enseignements, à partir du lycée, les écarts se creusent avec une meilleure réussite des filles dans les matières "littéraires", et des résultats plus moyens  dans les disciplines scientifiques. Alors, que se passe-t-il face à deux demandes pour aller en filière S, une d'un élève garçon et l'autre d'une fille ? Même quand le profil scolaire est identique, les orientations diffèrent selon le sexe, comme nous l'avons montré précédemment.


Car ces convictions latentes des enseignants se reflètent inconsciemment dans les interactions pédagogiques, et sont partagées par les jeunes eux-mêmes qui, au sein de classes mixtes, vont s'attacher à faire respecter cette partition des disciplines scolaires en univers masculin et féminin. Pendant les séquences de mathématiques, les filles sont quotidiennement exposées à une dynamique interactionnelle dominée par les garçons, qui se traduit pour elles par des interactions pédagogiques moins stimulantes. Garçons et filles canalisent leurs investissements et leur conduite en fonction de leur sexe, ce qui petit à petit produira des différences subtiles de carrières scolaires.

 

Ainsi, on trouve, plus tard, des postes occupés principalement par des femmes, les métiers « typiquement féminin » tels que le métier d’assistante sociale ou de secrétaire, tandis que les femmes sont très peu présentes chez les physiciens par exemple. On voit donc que les différences engendrées dès le plus petit niveau ont des conséquences sur l’avenir professionnel des femmes, elles se sentent incapables d'accéder à de hautes responsabilités (elles ont peur d'échouer, puisqu'elles ne sont pas habituées à voir des femmes avec tant de responsabilités, elles pensent qu'elles ont plus de raison d'échouer)et aspirent moins à faire de grandes carrières que les hommes.

Tout cela est le fruit d'un travail dés l'entrée dans le système scolaire qui laisse, comme nous l'avons démontré, peu de place aux femmes dans les filières "reservées aux hommes", celle qui offrent le plus de débouchées dans les secteurs les plus rentables, et donc, les meilleurs postes avec de hautes responsabilités. Il est donc intéressant de s'interroger sur les femmes et le travail aujourd'hui, et l'influence de cette scolarité orientée autant par le sexe que par les résultats...

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